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Au 18 novembre, la probabilité de voir la Réserve fédérale baisser ses taux en décembre oscille autour de 50% selon les marchés de futures. Pourtant, la décision ne sera a priori pas prise après un tirage à pile ou face (reproche que le président américain avait fait aux banquiers centraux récemment !)
Ces dernières semaines, les discours des gouverneurs se sont montrés particulièrement essentiels dans la formation des anticipations de marché. En l’absence de données officielles durant le shutdown, les discours prononcés par les décideurs ont revêtu une importance encore plus grande qu’à l’accoutumée. Cette primauté du Fedspeak devrait encore durer dans la mesure où les données d’emploi qui seront publiées ce jeudi 20 novembre seront extrêmement « en retard » puisqu’il ne s’agira que du rapport de septembre qui devait initialement paraître le 3 octobre. Et même si les données d’octobre/novembre étaient publiées avant l’ultime réunion de l’année du FOMC (9-10 décembre), elles souffriront très certainement des séquelles du shutdown (récolte de données de moindre qualité, fonctionnaires au chômage partiel « brouillant » les chiffres…).
La réunion de la Fed du 29 octobre dernier a mis en lumière des divisions au sein du FOMC. D’un côté, Steph Miran se prononçait de nouveau pour baisser les taux de 50 pb. Mais Jeff Schmid lui répondait en votant pour le maintien des taux à 4,0-4,25%, ce qui était nettement moins attendu. Il est possible que la majorité des dix participants qui ont consenti à baisser les taux de 25pb pour la deuxième fois de suite se fissure.
Depuis le 29 octobre dernier, la plupart des membres du FOMC se sont exprimés à l’occasion de conférences ou d’interviews dans les médias. Ceux qui n’ont pas parlé de politique monétaire (Bowman et Barr) avaient déjà donné une direction assez claire sur leurs intentions de vote avant la réunion d’il y a trois semaines.
Notre analyse (voir le tableau plus bas) suggère qu’à l’heure actuelle, 6 des 12 votants seraient en faveur d’une baisse de taux contre 5 pour un statu quo.
Sources: SILEX, Bloomberg, 19.11.2025
Les performances passés ne garantissent pas les performances futures
Si cela se vérifie, le vote décisif reviendrait à Powell (soit pour 7-5 en faveur d’une baisse, soit pour 6-6 avec un vote déterminant du « Chairman » qui serait alors celui en faveur du statu quo)
Le patron de la Fed ne s’est pas exprimé publiquement depuis sa conférence de presse post FOMC il y a trois semaines et son agenda ne prévoit pas d’autre allocution d’ici le 10 décembre. De quoi préserver le suspense.
Bien sûr, les discussions antérieures au vote seront décisives et pourraient amener certains « modérés » à changer de camps, dans un sens ou dans l’autre. Mais force est de constater que ce FOMC de décembre s’annonce assez spécial… et son issue pourrait ne tenir qu’à un fil. Cela nous permet de mieux comprendre pourquoi le pricing des marchés est toujours aussi indécis.
Membre
Dernier discours / itw monétaire clé
Extrait / axes principaux
Déc. 9–10
Jeff Schmid (Kansas City)
31 oct 2025 – déclaration de dissidence FOMC d’octobre + remarques publiques mi-novembre
• Explique qu’il a dissenti en octobre car il jugeait qu’il ne fallait pas baisser le taux directeur : le niveau actuel lui semble « appropriately calibrated » pour lutter contre l’inflation.
• Souligne que l’inflation, en particulier dans les services, reste nettement au-dessus de 2 % et qu’elle devient de plus en plus diffuse dans l’économie.
• Considère que le refroidissement du marché du travail est surtout structurel et peu sensible aux taux ; des cuts supplémentaires risqueraient surtout de mettre en danger la crédibilité de la cible de 2 %.
Hold
Susan Collins (Boston)
12 nov 2025 – discours « Perspectives on the Economy and the Financial Landscape »
• Rappelle avoir soutenu les deux baisses de 2025, mais indique qu’il existe désormais une « barre relativement élevée » pour des easing supplémentaires à court terme.
• Estime qu’il sera probablement approprié de garder les taux au niveau actuel « pendant un certain temps », sauf nette détérioration du marché du travail.
• Met en garde contre le risque de ralentir ou de stopper le retour de l’inflation vers 2 % si la Fed en fait trop côté assouplissement.
Hold
Alberto Musalem (St. Louis)
13 nov 2025 – interventions publiques (forum + interviews TV)
• Juge que les deux cuts récents étaient appropriés au vu du ralentissement de l’emploi, mais considère que la politique est désormais « proche du neutre » plutôt que franchement restrictive.
• Insiste sur la nécessité d’« avancer avec prudence » et parle d’une « marge limitée pour de nouveaux easing sans devenir trop accommodant ».
• Souligne que l’inflation reste au-dessus de 2 % dans une économie encore résiliente, ce qui justifie de continuer à « pencher contre » l’inflation.
Hold
Michael Barr (Board)
9 oct 2025 – discours « The Economic Outlook and Monetary Policy »
• Explique que les nouveaux tarifs ont fait remonter l’inflation et que leurs effets risquent d’être plus persistants qu’anticipé sur les prix.
• Anticipe une inflation encore autour de 3 % en fin d’année et un retour lent vers 2 %, ce qui impose une grande vigilance sur le rythme des baisses de taux.
• Souligne la nécessité d’être prudent dans tout ajustement de politique, compte tenu des risques sur la stabilité financière et de la vulnérabilité croissante du marché du travail.
Hold
Austan Goolsbee (Chicago)
3 nov 2025 – interview après le FOMC d’octobre
• Se décrit « partagé » sur la nécessité de couper encore en décembre et précise qu’il n’est « pas pressé » de poursuivre l’assouplissement.
• Rappelle que l’inflation reste trop au-dessus de 2 % et n’évolue pas encore comme souhaité, ce qui justifie un seuil plus élevé pour accepter un nouveau cut.
• Compare la situation à « conduire dans le brouillard » : tant que les données sont perturbées, il ne veut pas « front-loader » les baisses supplémentaires.
Hold
Philip Jefferson (Vice-chair)
7 nov 2025 – remarques sur la politique monétaire (Washington)
• Explique qu’à mesure que le taux directeur se rapproche du neutre, il est approprié de « procéder lentement » sur d’éventuelles baisses supplémentaires.
• Décrit un environnement où l’inflation reste au-dessus de 2 % mais où le marché du travail se refroidit, ce qui impose un rythme graduel et conditionnel d’assouplissement.
• Confirme que le scénario de base reste celui d’une réduction graduelle de la restriction vers le neutre, mais sans urgence et au cas par cas, réunion par réunion.
Cut
John Williams (New York)
9 nov 2025 – interview (Financial Times)
• Présente la décision de décembre comme un arbitrage entre une inflation encore au-dessus de 2 % et la pression sur les ménages modestes, confrontés à des coûts de crédit et de logement élevés.
• Insiste sur la nécessité de ramener l’inflation à 2 % de manière durable sans nuire de façon excessive à l’emploi.
• Se montre ouvert à de nouvelles baisses si les risques sur l’emploi se matérialisent davantage, mais sans se pré-engager : approche très « meeting by meeting ».
Cut
Lisa Cook (Board)
3 nov 2025 – discours « The Economic Outlook and Monetary Policy »
• Montre que, une fois l’effet des tarifs retiré, l’inflation sous-jacente est déjà proche de la cible à moyen terme, ce qui confirme une trajectoire désinflationniste crédible.
• Souligne que les risques se déplacent vers le mandat emploi : le marché du travail se fragilise, avec un impact plus marqué sur les segments les plus vulnérables.
• Présente les cuts récents comme une normalisation graduelle et indique qu’elle est prête à réagir si l’inflation liée aux tarifs devenait persistante, mais son scénario central reste compatible avec un peu plus d’assouplissement.
Cut
Michelle Bowman (Board)
14 oct 2025 – intervention / interview
• Indique qu’elle « s’attend à deux baisses de taux supplémentaires d’ici la fin de l’année », c’est-à-dire aux réunions d’octobre et de décembre.
• Juge que les effets des tarifs sur l’inflation devraient être limités et surtout temporaires, et que le risque principal se situe désormais du côté du marché du travail.
• Marque un pivot par rapport à son profil historiquement plus hawkish, en acceptant un cycle de trois cuts en 2025 dans son scénario de base, tant que les données restent conformes.
Cut
Christopher Waller (Board
17 nov 2025 – discours « The Case for Continuing Rate Cuts » (Londres)
• Explique qu’en dépit du shutdown, les données privées et quelques données publiques donnent une image suffisamment claire : marché du travail faible, proche de la “stall speed”, croissance du PIB qui ralentit et demande qui se tasse.
• Souligne que l’inflation globale tourne autour de 3 %, mais que les effets des tarifs sont surtout des chocs de niveau, avec une inflation sous-jacente proche de 2 % et des anticipations d’inflation bien ancrées ; il ne voit pas de facteurs susceptibles de provoquer une ré-accélération des prix.
• Conclut que cet ensemble de signaux le conduit à soutenir un nouveau cut lors de la réunion des 9–10 décembre, présenté comme un choix de risk-management, notamment parce que la politique actuelle pèse de façon disproportionnée sur les ménages à revenus faibles et moyens via le coût du logement et de l’auto.
Cut
Stephen Miran (Board)
10 nov 2025 – propos publics sur décembre + dissidences précédentes
• A dissenti aux réunions de septembre et octobre en faveur de baisses de 50 pb plutôt que 25 pb, estimant que la Fed réagit trop peu à la dégradation de l’emploi.
• Déclare soutenir un cut de 50 pb en décembre et considère que 25 pb devrait être « le minimum » compte tenu du ralentissement net des créations d’emplois et de la désinflation en cours.
• Estime que plusieurs forces structurelles sont désinflationnistes et que les tarifs ne constituent pas un obstacle majeur à des cuts plus agressifs ; se pose comme le défenseur d’un cycle d’easing nettement plus rapide.
Cut
Pour les 7 membres non-votants du FOMC, les discours ont affiché un penchant hawkish (voir ci-dessous). Dans la mesure où ces présidents de Fed régionales participent aux discussions, cela pourrait avoir son poids également.
Sources: SILEX, Bloomberg, 19.11.2025
Les performances passés ne garantissent pas les performances futures
Membre
Dernier discours / itw monétaire clé
Extrait / axes principaux
Biais
Beth Hammack (Cleveland)
13 nov 2025 – discours / échanges (Pittsburgh Economic Club)
• Souligne que l’inflation est restée au-dessus de 2 % depuis plus de quatre ans et qu’elle restera probablement élevée plusieurs années encore.
• Juge la politique actuelle tout juste « à peine, voire pas vraiment restrictive », et considère qu’il faut rester clairement en territoire restrictif pour ramener l’inflation à 2 %.
• Indique avoir été opposée au cut d’octobre et se dit très sceptique sur l’idée de nouvelles baisses tant que l’inflation ne montre pas un ralentissement net et durable.
• N’ouvrirait la porte à davantage de détente monétaire qu’en cas de détérioration marquée du marché du travail.
Très hawkish
Neel Kashkari (Minneapolis)
13 nov 2025 – remarks / interviews sur les perspectives de taux
• Rappelle qu’il était contre le cut d’octobre, estimant que la résilience de l’activité et de la demande justifiait plutôt une pause qu’un nouvel easing.
• Explique que les données depuis la réunion montrent « plus de la même chose » : une économie encore solide, ce qui ne plaide pas pour davantage de baisses à court terme.
• Met en avant un risque non négligeable de persistance de l’inflation, notamment si les anticipations venaient à se dégrader.
• Affirme qu’il faudra désormais un seuil plus élevé de détérioration macro pour justifier de nouveaux cuts.
Hawkish
Lorie Logan (Dallas)
14 nov 2025 – interventions publiques (Dallas / médias)
• Indique qu’elle ne voit pas de preuve convaincante que l’inflation converge réellement vers 2 % à court terme.
• Considère que la politique reste modérément restrictive et que ce degré de restriction est encore approprié, vu l’état de l’économie et des prix.
• Rappelle son opposition à une détente trop rapide, en soulignant le risque de relâcher la pression sur l’inflation avant que le travail ne soit terminé.
• Défend une approche « higher for longer » et une grande prudence avant d’envisager de nouveaux cuts.
Hawkish
Raphael Bostic (Atlanta)
12 nov 2025 – discours « Weighing the Risks: Why Inflation Tips the Scales » (Atlanta Economics Club)
• Explique que l’économie reste globalement résiliente, même si le marché du travail montre des signes d’affaiblissement.
• Estime que, dans la balance emploi / inflation, c’est encore l’inflation qui pèse le plus lourd, car elle reste au-dessus de 2 % et met en difficulté les ménages.
• Considère que les deux cuts déjà réalisés ont fourni un soutien suffisant au marché du travail pour l’instant, et que rajouter rapidement de l’easing augmenterait le risque de rater la cible de 2 %.• Plaide pour garder les taux où ils sont le temps de voir si l’inflation converge réellement.
Plutôt hawkish
Thomas Barkin (Richmond)
26 sept 2025 – discours « Staying Sanguine About the Horizon » (Peterson Institute)
• Constate que les risques d’un fort dérapage de l’inflation comme du chômage lui semblent limités, ce qui plaide pour une approche équilibrée, sans gestes extrêmes.
• Voit le cut de septembre comme un moyen de soutenir le marché du travail tout en gardant une pression suffisante sur l’inflation, qui reste au-dessus de 2 %.
• Met l’accent sur le calibrage fin plutôt que sur un changement de régime : il considère que la Fed est désormais dans une phase d’ajustements marginaux, au gré des données.
• Dans ce cadre, il apparaît davantage en faveur d’une pause en décembre, sauf nette surprise baissière sur l’emploi.
Neutre, léger biais hawkish
Mary Daly (San Francisco)
13 nov 2025 – remarks à Dublin / interventions sur la politique monétaire
• Affirme que les risques pour le double mandat sont désormais assez équilibrés, avec un léger biais vers les préoccupations d’emploi : l’inflation n’a pas rebondi autant que craint, tandis que l’emploi s’est affaibli plus qu’anticipé.
• Souligne que les deux cuts de 2025 ont contribué à soutenir le marché du travail sans déstabiliser la trajectoire désinflationniste.
• Indique qu’elle reste « open-minded » sur un cut supplémentaire en décembre, en attendant les nouvelles données ; elle voit la direction de fond des taux comme orientée à la baisse, mais insiste sur le caractère data-dependent des décisions.
Plutôt dovish
Anna Paulson (Philadelphia)
13 oct. 2025 – Economic Outlook (NABE, Philadelphie).
•Elle explique que les tarifs augmentent le niveau des prix mais ne laissent pas d’empreinte durable sur l’inflation, donc la politique monétaire doit “regarder à travers” ces effets.
•Elle souligne que les risques sur le marché du travail augmentent (chômage en hausse, créations concentrées dans quelques secteurs, salaires d’entrée sous pression).
•Elle dit que, dans son scénario central, il est approprié de poursuivre l’assouplissement le long de la trajectoire esquissée en septembre, soit deux baisses de 25 bp supplémentaires d’ici fin 2025, pour rapprocher la politique d’un niveau plus neutre tout en restant prudente sur la question du taux neutre.
Clairement Dovish
Analyste Cross-Asset
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